L'éducation citoyenne : pour un tissu social plus fort

« L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde. »

— Nelson Mandela

Dans cette citation, Mandela résume en quelques mots toute la puissance de l’éducation comme force de changement, une force qui peut s’exercer sur les gens, les communautés, le monde entier. Toutefois, d’autres forces interviennent également et tandis qu’un fort vent de changement souffle sur les économies, les pays et l’éducation publique, nous envisageons l’avenir avec optimisme, certes, mais aussi une bonne dose d’inquiétude.

D’un côté, nous voyons dans l’éducation un puissant vecteur pour changer les choses, éradiquer les inégalités qui persistent entre les sexes et universaliser l’accès à une éducation publique gratuite, inclusive et de qualité. Depuis l’an 2000, année où les gouvernements du monde se sont fixé les objectifs du Millénaire pour le développement, plus de 50 millions d’enfants ont été admis à l’école et les efforts se multiplient dans de nombreuses régions du monde pour améliorer la qualité de l’éducation publique. Au Sommet international sur la profession enseignante qui s’est tenu à Wellington, en Nouvelle-Zélande, en mars dernier, la grande question était : comment arriver à l’équité en éducation, compte tenu de la diversité des populations scolaires et des systèmes d’éducation? À l’échelle internationale, la question de l’éducation des filles continue d’occuper une place prépondérante. Le système canadien d’éducation publique financé par l’État est donné en exemple dans le monde entier pour les succès qu’il remporte sur le plan éducatif et pour ses résultats au chapitre de l’équité.

Pourtant, par ailleurs, des forces économiques agissent sur des systèmes d’éducation publique entiers, y compris le nôtre, et font de l’éducation une marchandise à vendre à profit. Ces forces suggèrent la privatisation des écoles et exercent d’énormes pressions sur la profession de l’enseignement et les enseignants et enseignantes eux-mêmes. Si on leur laissait libre cours, l’éducation publique ne serait bientôt plus gratuite, mais « abordable ». Ces forces ouvriraient la voie à une inégalité garantie. Entretemps, partout dans le monde, l’inégalité des revenus se creuse. En outre, 60 millions d’enfants n’ont pas encore franchi le seuil d’une école et, au rythme où nous allons, il faudra encore presque 100 ans pour que toutes les filles d’Afrique subsaharienne accèdent à des études secondaires supérieures.

Cette année, le travail de la FCE a été de réagir à toutes ces forces.

Une des principales préoccupations de la FCE continue d’être l’érosion de la démocratie au Canada et les mesures publiques qui, si elles étaient adoptées, nuiraient aux organisations mandatées pour défendre une éducation publique de qualité, financée par l’État, et les droits du corps enseignant et des autres groupes de travailleurs. Le projet de loi C-377, qui aurait modifié la Loi de l’impôt sur le revenu d’une manière discriminatoire à l’égard des associations d’employés, a été stoppé. Sous l’effet de l’action politique menée avec fermeté par des Canadiens et Canadiennes de tous les horizons, dont la FCE, le projet de loi C-23 (la Loi sur l’intégrité des élections) a subi d’importantes modifications avant d’être adopté. Le chômage et le sous-emploi chez les jeunes, la pauvreté des enfants et la santé mentale des enfants continuent d’être au nombre des préoccupations de la FCE.

Cette année, la Fédération s’est beaucoup penchée sur la question de l’égalité des femmes. Lors de son Symposium sur les questions féminines, tenu à Whitehorse, elle a examiné la violence à l’encontre des femmes et la traite des femmes et des filles. La FCE a d’ailleurs envoyé au gouvernement du Canada une pétition pour demander la tenue d’une enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées. À la session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies et à la Conférence mondiale des femmes de l’Internationale de l’Éducation, les participants et participantes ont rappelé l’urgence d’un traitement équitable des femmes, lequel s’inscrit, comme l’a dit l’envoyé spécial des Nations Unies Gordon Brown, dans le « nouveau mouvement mondial pour les droits de la personne ».

Le soutien et le renforcement de la profession enseignante au Canada demeure un axe important de l’action de la FCE. Étant donné les exigences grandissantes des gouvernements et des employeurs, les mesures d’austérité gouvernementales, la variété et l’ampleur grandissantes des besoins des élèves, et l’intégration de la technologie dans les salles de classe, il est clair que les enseignants et enseignantes, déjà aux prises avec des charges de travail lourdes, connaissent peu de répit. Cette année, la FCE a réalisé un sondage sur l’équilibre travail-vie auquel 8 000 enseignants et enseignantes de partout au Canada ont participé. Les résultats confirment que les enseignants et enseignantes ont de la difficulté à atteindre cet équilibre. Sur le plan personnel, ils ont le sentiment de ne pas avoir suffisamment de temps à consacrer à leur famille ou à leur propre bienêtre. Sur le plan professionnel, ils disent ne pas pouvoir donner à chaque élève le temps qu’il faudrait.

À la lumière de ces résultats et des pressions qui s’exercent sur la profession de l’enseignement, le système d’éducation publique et notre société en général, la FCE a lancé VOX 3.0, la troisième phase de sa campagne d’action politique « Écoutez ma voix » dont l’objet est d’influencer les décisionnaires et de faire entendre les points de vue des enseignants et enseignantes. Cette campagne rejoint la campagne « Uni(e)s pour l’éducation » de l’Internationale de l’Éducation, qui prendra fin le 5 octobre 2014, Journée mondiale des enseignantes et des enseignants. La campagne internationale insiste sur l’importance de l’éducation publique, financée par l’État, pour soutenir la vigueur économique et démocratique des États. Elle rappelle aussi la responsabilité des gouvernements qui doivent réunir les fonds, les conditions stratégiques et les mécanismes de collaboration nécessaires pour que ces systèmes d’éducation existent et se développent.

Alors que la fin de l’année scolaire approche, soyons fiers, une fois de plus, de tout le merveilleux travail réalisé par les enseignantes et enseignants dans nos écoles. Soyons fermes dans notre soutien à la profession et aux organisations de l’enseignement, si essentielles au succès du système d’éducation publique. Enfin, soyons solidaires et travaillons ensemble pour faire avancer la cause de la profession, de l’éducation publique et d’une véritable démocratie dans la société canadienne que nous chérissons.

J’aimerais exprimer mes sincères remerciements aux membres du Conseil d’administration de la FCE pour l’engagement et la sagesse dont ils ont fait preuve tout au long de l’année, aux enseignants et enseignantes de partout au Canada qui ont donné si généreusement de leur temps et de leur savoir-faire lors des travaux des comités consultatifs de la FCE et en d’autres occasions, ainsi qu’au personnel de la FCE qui, jour après jour, s’investit corps et âme dans le travail de la Fédération.

La présidente de la FCE,

Dianne Woloschuk

Discours de la présidente finale-AGA.pdfDiscours du présidente à l'AGA de 2014