Belinda Daniels remporte le Prix du mérite exceptionnel en éducation autochtone de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants de 2015

Par Kate Hawkins

Pour Belinda Daniels, une enseignante de la Saskatchewan, rien n’est plus agréable qu’amener ses élèves à l’extérieur et faire la classe en plein air.

« Être dehors a un effet très apaisant. On sent le lien avec la nature, on a le sentiment de revenir à l’essentiel », dit-elle.

« On se sent connecté avec la terre et on a vraiment le sentiment de nourrir son esprit de découverte… Tout devient clair dans ma tête, je me sens alerte. On ne se sent pas comme ça dans une salle de classe. »

Belinda Daniels enseigne le cri, les études autochtones et l’histoire du Canada à l’école secondaire Mount Royal Collegiate, à Saskatoon, l’un des rares endroits au Canada qui offre un programme bilingue (anglais-cri).

Elle aime enseigner le cri, car en apprenant cette langue, les élèves reprennent contact avec leur héritage et développent un sentiment d’identité.

« Notre langue définit qui nous sommes », dit-elle.

« On nous a pris notre langue, et voyez le chaos, la destruction et la crise identitaire que cela a causé. On peut le voir, maintenant… Beaucoup de nos jeunes souffrent d’une déformation identitaire qui résulte de la perte de nos langues, du fait de ne plus les connaitre. »

Belinda Daniels a décidé d’entreprendre une carrière en éducation alors qu’elle travaillait comme aide-comptable dans une école secondaire. Un jour, une enseignante de l’école est venue la voir et lui a suggéré de devenir enseignante elle aussi. Belinda a suivi le conseil de sa collègue et a découvert que l’enseignement était vraiment sa voie.

« Quand je travaille, je n’ai pas l’impression de travailler! C’est sans doute parce que j’étais faite pour enseigner. »

En plus d’enseigner à temps plein au secondaire, Belinda Daniels enseigne au Canadian Indigenous Languages and Literacy Development Institute de l’Université de l’Alberta pendant l’été et à l’Université de la Saskatchewan pendant l’année. Elle prépare également un doctorat en anthropologie, en histoire et en éducation à l’Université de l’Alberta.

Au nombre de ses réalisations figurent les camps d’été en langue crie qu’elle a fondés et qu’elle coordonne toujours. Au camp nēhiyawak, elle enseigne le cri de base (nēhiyawewin) et les traditions nēhiyaw comme la récolte du foin d’odeur, la pêche ainsi que la façon de pister et de dépouiller un lapin.

« L’idée est venue d’un projet de maitrise. Je voulais renouer avec ma langue et ma terre d’origine », explique-t-elle.

« Je voulais le faire parce que je sentais que quelque chose en moi n’allait pas. Je voulais apprendre à parler cri d’un point de vue nēhiyaw. »

Belinda Daniels ne parlait pas cri quand elle était jeune, mais le fait de l’avoir entendu en grandissant lui a permis de trouver rapidement la bonne intonation et le bon rythme. Elle affirme que grâce aux programmes d’apprentissage du cri, cette langue est de plus en plus utilisée en milieu urbain et les élèves manifestent le désir de l’apprendre.

« J’aime enseigner le cri comme langue seconde, car j’en retire beaucoup moi aussi. Cela m’aide à être en harmonie avec moi-même, à poursuivre mon propre apprentissage de la langue », dit-elle.

Belinda Daniels a de grands rêves pour les personnes qui parlent cri au Canada.

« Je me suis toujours concentrée sur la préservation et l’essor de la langue… Si je voyais grand, l’éducation serait bilingue dans tous les domaines d’apprentissage », ajoute-t-elle.

« Et si je voyais vraiment grand, notre langue serait un jour l’une des langues officielles du Canada. »

(Kate Hawkins est une étudiante en journalisme qui a travaillé comme agente de communication à la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants pendant l’été 2015.)