La lauréate Debbie White reçoit le Prix du mérite exceptionnel en éducation autochtone de 2017 de la FCE avec beaucoup d’humilité.

« Ce n’est pas tant le prix qui compte que la reconnaissance du travail réalisé par tous les gens qui l’ont fait avant moi et que tous ceux qui sont à mes côtés font depuis très longtemps. C’est un grand honneur pour moi [de recevoir ce prix] et je l’accepte avec beaucoup d’humilité, parce qu’il récompense toute l’action politique menée, elle-même le résultat des contributions de plein de gens », explique Debbie White.

Elle ajoute : « Le travail n’a pas été fait par une seule personne ou en isolement. Le Créateur m’a fait cadeau d’un talent pour parler et pour prêter ma voix à ceux et celles que, bien souvent, on n’entend pas. Aucune de ces idées n’est nouvelle. Cela fait des années que les chefs des Premières Nations militent en faveur des droits fondamentaux de la personne et d’un traitement équitable des enfants autochtones à l’égal de celui que reçoivent les autres enfants du Canada. Je me sens honorée de pouvoir utiliser ma voix et de mettre à profit les capacités de certaines des institutions avec lesquelles je travaille pour favoriser une meilleure compréhension chez les non-Autochtones de notre histoire commune et des conséquences du colonialisme. »

Tout au long de sa carrière, la lauréate a travaillé comme éducatrice à l’élémentaire et comme défenseuse de l’éducation des Premières Nations, des Métis et des Inuits. Elle s’est faite l’écho de résolutions et de recommandations, et a siégé à une multitude de comités de la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO), de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE) et de la section locale des enseignantes et enseignants de l’élémentaire de Peel. Son principal objectif a été d’intégrer la perspective autochtone. Elle a fait partie d’équipes qui ont conçu et animé des ateliers, organisé des groupes de concertation d’élèves et mis de l’avant des initiatives scolaires comme Le Rêve de Shannen.

Quand elle pense à son propre parcours, Debbie White explique qu’elle était une élève en mouvance qui a déménagé plus de 20 fois, souvent pour revenir à une même communauté. Parfois, c’était pour suivre son père pêcheur, d’autres fois, c’était parce que les circonstances l’imposaient. Mais tout au long de son enfance nomade, une chose est restée très constante : l’école!

« L’école est devenue une partie très importante de ma vie. À l’école publique, il y avait une structure, une routine. J’aimais beaucoup aller à l’école et être à l’école. »

Même si elle aimait la routine et le havre de paix que l’école lui offrait, Debbie White ne s’est jamais sentie complètement chez elle en milieu scolaire. C’est finalement quand elle est allée au Collège Confederation à Thunder Bay, où elle a suivi le programme des études autochtones, qu’elle a éprouvé un sentiment d’appartenance comme jamais auparavant et qu’elle a vraiment pris conscience de ce que représentait pour elle son identité d’Anichinabée. Jusque-là, sa famille avait renié son patrimoine et son histoire.

« Quand j’ai choisi de suivre des études autochtones et d’apprendre à connaître ma culture, je me suis engagée dans un long voyage de réappropriation de mon patrimoine et de mes droits de naissance. Je participais aux cérémonies, j’apprenais des anciennes et des anciens, et j’avais des relations avec d’autres Autochtones. Je sentais que j’avais enfin prise sur ma vie. »

Après avoir obtenu un certificat d’études autochtones et un diplôme en travail social du Collège, Debbie White s’est mariée et a déménagé dans le sud de l’Ontario où elle a travaillé comme aide enseignante dans une école élémentaire. Au départ, elle ne pensait pas avoir la capacité de faire des études universitaires, mais elle s’est rendu compte dans son travail qu’elle se trompait. Alors, elle a commencé à suivre des cours du soir et est devenue la première personne de sa famille à détenir un diplôme universitaire.

Le tempérament très sociable de Debbie White l’a amenée à devenir enseignante à l’élémentaire, une carrière qu’elle poursuit depuis presque 24 ans. En enseignement, elle a assumé toutes sortes de fonctions, notamment celles d’enseignante en salle de classe, de bibliothécaire, d’enseignante ressource, d’enseignante d’anglais langue seconde et d’enseignante désignée en enfance en difficulté, la fonction qu’elle occupe présentement.

Ce qu’elle trouve le plus gratifiant dans sa profession est de pouvoir aider les élèves à se sentir bien dans leur peau et à devenir des acteurs du changement dans leur milieu et la société en général.

Elle souhaite aussi que les élèves des Premières Nations, métis et inuits aient la possibilité de se voir représentés, et avec véracité, dans les programmes d’études. Quand elle prendra sa retraite dans quelques années, elle veut donc continuer à travailler avec les élèves et le personnel éducatif dans le domaine de l’éducation autochtone, et les aider à comprendre le lien entre les Autochtones et les non Autochtones, ainsi que l’histoire qu’ils partagent.

Quand elle pense à sa carrière, la lauréate précise qu’elle se voit comme une partie d’un tout bien plus vaste : « Même si j’ai le sentiment d’avoir exercé, en tant qu’enseignante, une influence sur de nombreuses vies et, en tant que militante, sur la compréhension de la relation entre les Autochtones et les non-Autochtones, je sais que ce que j’ai fait s’inscrit dans un mouvement plus large, un mouvement qui entraîne de plus en plus une prise de conscience généralisée. »