Poète, conteur, conseiller de longue date en sensibilisation aux cultures autochtones et maintenant retraité, Garry Robson est le lauréat du Prix de reconnaissance des aînées et aînés autochtones de la FCE de 2017.

Membre du clan de la tortue de la Première Nation anichinabée de Peguis, au Manitoba, il se souvient avec émotion de l’époque où les personnes aînées de sa famille les préparaient, lui et d’autres jeunes, à prendre la relève.

« Nous nous levions et racontions notre histoire. Nos jambes tremblaient, nos voix aussi. Puis nous nous asseyions. Et quand la même histoire nous était racontée de nouveau, nous prêtions une grande attention parce que nous savions que nous allions devoir refaire l’exercice! Un grand nombre de ces aînées et aînés sont morts et, maintenant, c’est moi qui raconte les histoires. Je me rends compte à quel point il était important à l’époque que j’écoute ce qu’ils disaient, ce qu’ils nous disaient. »

Pour Garry Robson, ces personnes aînées ne lui ont pas seulement transmis une connaissance orale, mais elles ont joué un rôle fondamental dans l’image qu’il s’est bâtie de lui-même. Malgré dix années passées dans les pensionnats indiens, Garry Robson a trouvé réconfort dans ses échanges avec ses aînées et aînés qui l’ont aidé à se sentir fier et à mieux comprendre qui il était. Ils lui ont aussi parlé de l’importance de l’éducation et du pouvoir qu’elle donne de survivre dans n’importe quel milieu.

Le conteur autochtone reconnaît à quel point le système d’éducation d’aujourd’hui est différent de celui qu’il a connu. Mais il insiste pour dire que ce qui compte le plus, c’est l’éducation elle-même et la connaissance de soi, surtout pour les jeunes autochtones. Il regrette de ne pas avoir su, quand il était jeune, que les peuples autochtones avaient eux aussi un système d’éducation avant que n’arrivent les Européens. Il estime que les Autochtones ont besoin de mieux comprendre leur culture et cela est vrai aussi des non-Autochtones. C’est d’ailleurs cette conviction qui l’a guidé tout au long de sa carrière.

Pendant 28 ans, le conteur a parcouru le Manitoba et l’ensemble du Canada pour faire des présentations aux élèves, aux parents, aux éducatrices et éducateurs, aux responsables de l’administration et aux représentantes et représentants des ministères et des organismes communautaires. Avec eux, il a partagé les enseignements qu’il a hérités du mode de vie anichinabé et leur a rappelé l’importance de l’éducation pour les Autochtones. Dans la lettre de mise en candidature de Garry Robson pour le Prix qu’elle a envoyée à la FCE, la Manitoba Teachers’ Society a souligné le merveilleux don que possède le conteur de dire tout en douceur et en délicatesse la vérité sur l’histoire.

Garry Robson explique que, dans ses présentations, il essaie toujours d’amener les enfants à se voir comme faisant partie du monde d’aujourd’hui et il espère qu’ils repartent avec une meilleure compréhension de ce qu’ils sont, loin des stéréotypes véhiculés par d’autres.

Il est aussi intervenu des dizaines de fois, en sa qualité d’aîné et de conseiller, dans l’élaboration de politiques et de programmes d’études, en plus d’avoir écrit d’innombrables poèmes sur sa vie, ses amitiés et le mode de vie traditionnel. Certes, il aurait souhaité écrire davantage, mais il est heureux de ce qu’il a accompli pendant ses années à la Direction générale de l’éducation des Autochtones du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Manitoba.

À la retraite depuis sept ans, Garry Robson s’estime très chanceux d’être encore invité à faire des présentations. Quand on lui demande quels sont ses projets d’avenir, il répond qu’il veut continuer de s’efforcer à faire ce qu’il a toujours essayé de faire au fil des ans : créer une meilleure vie pour ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants afin qu’ils puissent survivre dans la société d’aujourd’hui.

Il espère aussi être une source d’inspiration pour la prochaine génération comme ses aînées et aînés l’ont été pour lui. « J’espère qu’il y a des jeunes qui écoutent, qu’eux aussi seront inspirés comme je l’ai été et qu’eux aussi viendront et prendront le temps d’écouter, d’entendre les histoires. Ils pourront alors, à leur tour, raconter ces histoires et même l’Histoire! »