La lauréate de cette année du Prix spécial de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE), Susan Swackhammer, se souvient comment, « par un étrange concours de circonstances », elle est devenue présidente de son syndicat. La première vice-présidente de la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO) décrit comment elle s’est sentie après sa toute première réunion syndicale : « Je me rappelle que, quand je suis arrivée à la maison, mon mari m’a demandé : “alors, tu veux un café?ˮ, et je lui ai répondu : “tu n’as rien de plus fort?ˮ. Puis il s’est exclamé : “qu’est-ce que tu as fait?!” »

Un retour dans le temps

Quand l’aînée de ses trois enfants a décidé d’avoir des enfants à son tour, dans les années 1970, Susan Swackhammer, enseignante à l’élémentaire, a choisi de démissionner pour rester à la maison. Vers le milieu des années 1980, quand elle a décidé de retourner enseigner pour des raisons financières et « parce qu’il était devenu un peu ennuyant de boire du café en regardant des feuilletons télévisés », elle est devenue enseignante suppléante, les postes permanents étant rares.

Elle s’est toutefois vite rendu compte que les enseignantes et enseignants suppléants n’étaient membres d’aucun syndicat de l’enseignement. Celles et ceux de son conseil scolaire s’étaient joints au Syndicat des employés et employées de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO) dans l’espoir d’améliorer leurs conditions de travail. À l’époque, aucune négociation n’avait eu lieu avec le conseil scolaire local depuis plusieurs années, et les enseignantes et enseignants du conseil catholique gagnaient deux fois plus.

« Les enseignantes et enseignants suppléants sont très isolés, car ils ne font pas partie du personnel et ont tendance à se promener d’une école à l’autre. »

Encouragée par son mari, Susan Swackhammer a assisté à une première réunion syndicale dont lui avait parlé une collègue. Comme personne ne voulait initialement se porter volontaire pour l’un des cinq postes de déléguée ou délégué syndical, elle a levé la main. Sans trop savoir ce qui l’attendait, elle venait d’accepter une charge. Quand elle a prononcé son discours en faveur d’un appui plus uni et plus fort du président en exercice, elle n’aurait jamais pu prévoir le résultat : son élection comme présidente!

Malgré ses réticences initiales, Susan Swackhammer s’est immédiatement mise au travail. Les cinq déléguées et délégués syndicaux ont décidé de demander aux 250 enseignantes et enseignants suppléants du comté de Brant (Ontario) s’ils seraient prêts à faire la grève si le conseil scolaire refusait de négocier. La plupart ont répondu affirmativement et, quand le conseil a refusé de négocier, ils ont déclenché la première grève jamais menée par des enseignantes et enseignants suppléants au Canada. La grève a duré de février à la fin de mars 1988.

« Chaque jour, je sentais tout le poids de ma responsabilité. L’hiver battait son plein, il faisait un froid glacial et tous ces enseignants et enseignantes étaient là à faire du piquetage. Je me demandais comment nous allions parvenir à une conclusion satisfaisante. Et puis, soudainement, un autobus rempli d’enseignantes et enseignants de Toronto est arrivé, et ceux-ci se sont joints à nous sur la ligne de piquetage cet après midi-là. Leur arrivée a suscité un incroyable sentiment de solidarité, mais je me suis sentie encore plus obligée d’arriver à une solution. »

La grève a finalement connu un heureux dénouement : les enseignantes et enseignants suppléants ont reçu une augmentation de salaire d’environ 21 % et obtenu, entre autres, le droit d’être représentés dans les comités du conseil scolaire. Un an plus tard, Susan Swackhammer est devenue enseignante contractuelle et, en raison du rôle actif qu’elle avait joué dans la grève, la Fédération des associations des enseignantes de l’Ontario (FAEO), l’une des deux organisations fondatrices de la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO), lui a demandé de s’impliquer dans la section locale des enseignantes et enseignants de Brant. En 1991, elle a été nommée présidente de sa section locale et, quatre ans plus tard, elle faisait partie du Conseil d’administration de la FAEO.

Dans sa lettre de mise en candidature, la FEEO souligne le rôle indispensable que Susan Swackhammer a joué dans la création de la Fédération et de ses structures de gouvernance en 1998. Membre du Conseil exécutif provincial, elle a été première vice-présidente jusqu’en 2000, puis de 2009 à aujourd’hui. Elle a représenté la FEEO auprès de facultés d’éducation, à Queen’s Park, à la FCE, au Conseil d’administration de la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (FEO), au Congrès mondial de l’Internationale de l’Éducation ainsi qu’à de nombreux forums internationaux sur les femmes et l’éducation.

Bien qu’elle n’ait pas enseigné depuis 2002, elle garde contact avec la salle de classe par l’entremise de son fils et de sa belle-fille, tous deux enseignants. Elle admet que l’authenticité des enfants lui manque, qu’elle regrette de ne plus suivre de si près les dernières tendances en éducation et qu’elle s’ennuie de pouvoir transmettre de nouvelles connaissances aux jeunes esprits.

« Je rencontre souvent par hasard d’anciens élèves, comme le maire de la ville où j’habite et la pharmacienne du coin. L’enseignement est une profession formidable qui vous permet de regarder en arrière et de vous dire que vous avez eu un rôle à jouer dans la réussite de vos élèves. »

Grâce à son expérience en enseignement, Susan Swackhammer a été en mesure d’apprendre à mieux connaître le système, de reconnaître l’importance de savoir composer avec différentes situations en classe et de développer son empathie. Aujourd’hui vice-présidente, elle supervise le travail qui doit être accompli pour combattre la discrimination à l’endroit des personnes allosexuelles, des personnes racialisées, des personnes handicapées ainsi que des membres des Premières Nations, des Métis et des Inuits. En dehors du Canada, Susan Swackhammer milite également en faveur des droits et de l’éducation des femmes dans des pays comme la Thaïlande, la Colombie, le Bénin et le Cambodge.

Si c’était à refaire, Susan Swackhammer dit qu’elle s’y prendrait exactement de la même façon, parce que, selon elle, rien n’est dû au hasard. Elle ajoute que jamais elle n’avait pensé qu’elle aurait un impact sur le monde qui l’entoure. Elle a simplement fait son travail parce qu’elle adorait son métier et voulait apporter sa contribution dans des domaines où elle voyait un besoin.

« Si quelqu’un voit une femme forte capable d’occuper le deuxième poste le plus élevé de cette organisation, si les jeunes femmes comprennent qu’elles peuvent fonder une famille et la garder unie tout en faisant ce genre de travail de direction, alors je serai satisfaite de ce que j’ai accompli. »