Dix-huit ans plus tard et pas de changement - La pauvreté des enfants est au même niveau qu’en 1989, selon un nouveau rapport

Le 27 novembre 2007

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Toronto – dix-huit ans après la résolution adoptée à l’unanimité par la Chambre des communes en 1989 d’éradiquer la pauvreté des enfants au Canada, le taux de pauvreté infantile est exactement le même, selon un nouveau rapport de Campagne 2000. En dépit d’une économie croissante, de l’appréciation de notre dollar et d’un faible taux de chômage, les données de Statistique Canada révèlent que le taux de pauvreté infantile (revenu après impôt) est à 11,7 p. cent, exactement ce qu’il était lorsque tous les partis fédéraux ont convenu que des mesures urgentes s’imposaient.

Le Rapport 2007 sur la pauvreté des enfants et des familles au Canada montre que 788 000 enfants vivent dans la pauvreté au Canada. Fait troublant, 41 p. cent des enfants défavorisés vivent dans une famille dont au moins un parent travaille à temps plein toute l’année sans toutefois gagner suffisamment pour sortir sa famille de la pauvreté. Aussi, le risque de vivre dans la pauvreté n’est pas le même pour tous les enfants. La pauvreté frappe beaucoup plus souvent les enfants de communautés racialisées, des Premières Nations ou d’immigration récente.

« Nous avons intitulé le rapport Il faut une nation pour éduquer une génération parce que nous exhortons le gouvernement fédéral à se présenter au marbre armé d’une stratégie globale de réduction de la pauvreté », a dit Ann Decter, coordonnatrice nationale de Campagne 2000, lors du lancement du rapport, aujourd’hui, à Ottawa. « Le gouvernement fédéral a les ressources fiscales suffisantes à moins qu’il ne choisisse de les consacrer à des réductions d’impôt générales tous azimuts ».

« Les Canadiennes et Canadiens ont été sondés et se sont prononcés clairement : réduisez les écarts de pauvreté, voilà le genre de pays dans lequel nous voulons vivre. C’est ce que nous attendons de notre gouvernement fédéral. Je veux savoir que les enfants dans la classe de ma fille mangent à leur faim tous les jours. Je veux savoir qu’aucun enfant ne se retrouvera sans abri au Canada cet hiver. Je veux que tous les enfants autochtones vivent en toute sécurité, à l’abri du cycle emprisonnant de la pauvreté », a dit madame Decter. « C’est ça réduire la pauvreté ».

Madame Decter a souligné que 85 p. cent des Canadiennes et des Canadiens sondés croyaient qu’avec des mesures concrètes, le gouvernement pourrait réduire substantiellement la pauvreté au Canada.

« Les enseignants et les enseignantes connaissent bien le visage de la pauvreté », a dit Emily Noble, présidente de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants. « Ils voient des enfants qui ont trop faim pour s’asseoir et apprendre, des enfants qui vivent dans des centres d’hébergement pour personnes sans abri, des enfants écrasés par les soucis qu’ils se font pour leur famille. La FCE unit sa voix aux autres et lance un appel aux gouvernements afin qu’ils dotent le Canada d’une stratégie nationale de réduction de la pauvreté. Les parents devraient être capables d’assurer à leurs enfants un niveau de vie convenable. S’ils travaillent ensemble, les gouvernements peuvent faire en sorte que ce soit possible ».

« Les initiatives pour réduire la pauvreté se multiplient partout au pays », a ajouté madame Decter. « Quatre gouvernements provinciaux ont mis en oeuvre une stratégie ou se sont engagés à le faire. Le parti libéral fédéral a annoncé des cibles audacieuses. Des premiers ministres de diverses allégeances politiques s’engagent dans des plans d’action intégrés et à long terme. Le gouvernement fédéral peut jouer un rôle de premier plan en lançant une stratégie nationale de réduction de la pauvreté ».

Le rapport montre comment certains programmes fédéraux déjà en place permettent de réduire la pauvreté et réclame d’autres mesures. « Nous demandons au gouvernement fédéral de stimuler la réduction de la pauvreté par l’augmentation de la Prestation fiscale canadienne pour enfants et des crédits d’impôt remboursables fédéraux pour l’emploi, par des investissements importants dans les services de garde à l’enfance et le logement abordable et par un plan d’action ciblé pour s’attaquer à la pauvreté des Autochtones », a dit Adje Van de Sande de l’Université Carleton.

« Les épargnes réalisées par le fédéral résultant de la baisse des intérêts sur notre dette devraient être investies dans la réduction de la pauvreté », a dit madame Decter. « Ne nous contentons pas de libérer le Canada de sa dette, libérons-le aussi de la pauvreté. Voilà une vision pour une grande nation ».

Autres faits saillants de « Il faut une nation pour éduquer une génération » :

  • Des enfants vivent dans la pauvreté dans tout le Canada. Les taux de pauvreté sont supérieurs à 10 p. cent dans toutes les provinces, sauf en Alberta, au Québec et à l’Île-du-Prince-Édouard.
  • Plus de parents travaillent, mais ils demeurent pauvres. Où que vous habitiez au Canada, travailler à temps plein au salaire minimum ne vous permettra pas d’échapper à la pauvreté.
  • Les enfants de familles confrontées à la discrimination systémique sont beaucoup plus à risque de grandir dans la pauvreté. Les taux de pauvreté infantile (revenu avant impôt) d’enfants d’immigration récente et de communautés racialisées, d’enfants ayant des incapacités et d’enfants de familles monoparentales dirigées par une femme varient de 28 à 49 p. cent.
  • Les populations autochtones sont jeunes et en croissance et les taux de pauvreté infantile y sont un obstacle formidable. Vingt-huit p. cent des enfants autochtones habitant une communauté des Premières Nations et 40 p. cent habitant en dehors d’une communauté des Premières Nations vivaient dans la pauvreté en 2001.
  • Les familles vivent toujours dans une pauvreté profonde. Une famille à faible revenu a besoin, en moyenne, de 9 000 à 11 000 dollars de plus par année pour échapper à la pauvreté.
  • Les enfants dépendent des banques alimentaires pour manger à leur faim. 280 900 enfants ont eu recours, en 2006, aux banques alimentaires, presque le double par rapport à 1989.
  • Les programmes gouvernementaux font une différence. En 2005, le taux de pauvreté infantile aurait été trois fois plus élevé sans les investissements publics.

Des rapports provinciaux sur la pauvreté des enfants ont également été rendus publics aujourd’hui en Colombie-Britannique, au Manitoba, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. En Alberta, on a lancé un rapport sur le salaire décent. On peut se les procurer tous au www.campaign2000.ca

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Pour d’autres réactions, communiquez avec :

Échelle nationale :

Ann Decter, coordonnatrice, Campagne 2000. Celluraire: 416-706-4686
Emily Noble, présidente, Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants. Tél.: 613-688-4300
Adje van de Sande, École de service social, Université Carleton (porte-parole francophone). Tél.: 613-520-2600, poste 6692

Échelle régionale :

C.-B. – Michael Goldberg, First Call (604) 222-2290 ou Adrienne Montani (604) 875-3629
Alberta – Bill Moore-Kilgannon, Public Interest Alberta (780) 420-0471
Manitoba – Sid Frankel, Social Planning Council of Winnipeg (204) 474-9706; (204) 261-3749
Nouveau-Brunswick – Randy Hatfield, Human Development Council (506) 636-8540
Nouvelle-Écosse – Pauline Raven, Canadian Centre for Policy Alternatives (902) 542-3085