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Ensemble, nous traverserons cette épreuve

| Justice sociale, Ressources financières et autres

Shelley L. Morse

Quand les écoles se sont abruptement mises à fermer, en mars, très peu de gens savaient à ce moment-là que les jours de fermeture et d’éloignement physique se transformeraient en semaines, et les semaines, en mois. Je me souviens distinctement de la semaine où la CTF/FCE a fermé ses portes, où les discussions sont rapidement passées de la planification à l’action. Tout est arrivé si soudainement que bon nombre d’entre nous commencent tout juste à trouver le temps de réfléchir à cette période extraordinaire que nous vivons, surtout que l’automne n’est pas si loin. 

Soyons honnêtes, les dernières semaines n’ont pas été faciles. Nous avons tous et toutes une foule de difficultés à surmonter, qui vont des soucis de santé aux inquiétudes économiques en passant par l’isolement et le fait d’être confiné avec d’autres jour après jour. La nécessité de travailler tout en s’occupant des enfants, quand le temps plein s’apparente à du 24 heures sur 24, a poussé beaucoup de gens à leurs limites. Et comme les femmes représentent 75 % du corps enseignant, ce sont souvent elles qui se retrouvent avec un fardeau aussi lourd qu’inégal à porter.

En raison de l’incertitude qui règne, il nous est difficile d’imaginer le moment où nous pourrons à nouveau nous déplacer librement, voir en chair et en os nos amies et amis et les membres de notre famille, et recommencer à faire ce que nous faisons le mieux : enseigner en classe, en présence de nos élèves. D’ici là, la santé et la sécurité doivent passer avant tout. Mais, tandis que nous faisons des sacrifices pour garder le virus à distance, des fissures apparaissent de plus en plus dans notre société, qui prend de plus en plus conscience de l’importance des écoles. 

L’arrêt brutal de notre monde a clairement eu pour effet de mettre en évidence les grandes iniquités présentes dans nos collectivités. Quand nous leur permettons de réaliser pleinement leur mission, nos écoles, bien qu’imparfaites, jouent un rôle égalisateur. Quelle que soit la situation des élèves, la salle de classe est le milieu égalitaire par excellence qui permet l’échange d’idées et d’expériences d’un bout à l’autre du spectre socioéconomique. 

Les écoles, ce sont aussi les endroits où de nombreux élèves prennent leurs repas chaque jour et où les enseignantes et enseignants, le personnel de soutien et les conseillères et conseillers veillent de près sur les élèves les plus vulnérables. Quand tout s’est arrêté, les réseaux de soutien dont dépendent les élèves se sont aussi arrêtés. Et il se trouve que l’expérience d’apprentissage est difficile à reproduire à distance, ce que les enseignantes et enseignants savent depuis longtemps. 

À mesure que les provinces et les territoires ont mis en place l’apprentissage à distance, les enseignantes et enseignants ont travaillé sans relâche pour recréer l’apprentissage à l’aide de méthodes technologiques et d’autres, plus traditionnelles. Il est clair que l’apprentissage à distance ne pourra jamais remplacer l’expérience vécue en salle de classe, mais en plus, il expose le fossé numérique et la disparité économique qui existent dans nos collectivités. En effet, les familles n’ont pas toutes une connexion wifi et nombreuses sont celles qui n’ont tout simplement pas d’appareil à connecter. Et même quand l’accès à la technologie n’est pas en cause, les conditions ne sont pas forcément propices à la concentration et à la participation à des discussions de groupe. 

L’insécurité alimentaire, les foyers à haut risque et l’absence de connectivité sont autant de problèmes qui ont fait surface ces derniers temps. Ces problèmes, peut-être balayés sous le tapis auparavant, sont maintenant exposés au grand jour. Nous devons désormais travailler collectivement pour corriger les inégalités sociales flagrantes et faire que nos élèves reçoivent le soutien dont ils ont besoin pour apprendre, en toute sécurité, que les écoles soient ouvertes ou non. 

À ce stade de la crise de la COVID-19, bon nombre des questions que nous avions au début demeurent sans réponse aujourd’hui. Bien que certaines écoles de certaines régions du pays soient en train de rouvrir leurs portes, la crise est loin d’être finie. Et nous savons tous et toutes trop bien qu’elle risque de se reproduire. 

Pour une foule d’élèves, l’interruption de l’année scolaire a été soudaine et s’est produite à un moment où ils se préparaient soit à partir pour le congé de mars ou à en revenir. Les années scolaires ont habituellement un début et une fin, mais pour la majorité des élèves, des enseignantes et enseignants, et des autres professionnelles et professionnels de l’éducation, il n’y aura pas de fin en bonne et due forme cette année, pas de célébration pour boucler la boucle ensemble. De la maternelle à la 12e année, l’arrêt spectaculaire de l’année scolaire n’a laissé à personne le temps de se dire au revoir, n’a pas rendu possibles les rituels de fin d’année qui précèdent les plaisirs infinis de l’été. 

La pandémie ainsi que l’éloignement physique qu’elle a imposé et la fin abrupte de l’année scolaire qu’elle a entraînée ont eu des répercussions sur la santé mentale des élèves, et celle-ci devra être considérée comme une priorité quand les écoles rouvriront. Nous devons tous et toutes être prêts à aider nos élèves à composer avec tout ce qu’ils ont vécu et leurs familles avec eux. Mais pour y arriver, nous devons nous assurer que les membres du personnel enseignant et du personnel de soutien reçoivent eux aussi les services de soutien en santé mentale dont ils ont besoin pour qu’ils puissent à leur tour aider leurs élèves. 

Bien que deux mois se soient écoulés depuis que la vie telle que nous la connaissions s’est interrompue, nous sommes encore aux premiers stades de la crise. Cela dit, une crise n’a jamais arrêté les enseignantes et enseignantes et les autres travailleurs et travailleuses du milieu de l’éducation. Tandis que l’enseignement et l’apprentissage se poursuivent de diverses manières, les organisations membres de la CTF/FCE aux quatre coins du Canada travaillent plus fort que jamais pour que les intérêts de tous ceux et celles qui font partie du milieu scolaire soient à l’avant-plan des préoccupations. À commencer par la santé, des efforts et des initiatives sont en cours d’un bout à l’autre du pays pour que les élèves, leurs familles et nos collègues reçoivent les outils, l’aide et les soins dont ils ont besoin non seulement pour persévérer pendant cette période difficile que nous traversons, mais également pour en sortir encore plus forts. 

À nous, enseignantes et enseignants, cette crise nous rappelle que notre profession se distingue le plus non pas quand les choses vont bien, mais plutôt quand elles se corsent, dans les moments les plus difficiles, quand nous relevons les défis qui se présentent et nous débrouillons avec ce que nous avons à notre disposition. Habitués à travailler malgré des ressources limitées et déterminés à aider les élèves à trouver leur voie sans compter les heures, les enseignantes et enseignants semblent toujours surmonter les obstacles qui se dressent devant eux, et cette fois-ci ne fait pas exception. Au nom de toute l’équipe de la CTF/FCE, je vous remercie de votre dévouement. Ensemble, nous traverserons cette épreuve!

Renseignements généraux

Shelley L. Morse est la présidente de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (CTF/FCE), la voix nationale de la profession enseignante. Alliance nationale d’organisations provinciales et territoriales, la CTF/FCE représente plus de 300 000 enseignantes et enseignants des écoles élémentaires et secondaires au Canada. Elle est également membre de l’Internationale de l’Éducation, la fédération mondiale d’organisations nationales de l’enseignement réparties dans 173 pays.

Contact avec les médias

Andrew King
Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants
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