La CTF/FCE s’inquiète que l’Initiative nationale de littératie en IA privilégie l’adoption au détriment de la sécurité
Les modalités d’utilisation de l’IA à l’école devraient être définies par le personnel de l’éducation, les élèves et les familles.
Ottawa, le 14 octobre, 2026 — Le 9 septembre, le ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, a procédé au lancement de l’Initiative nationale de littératie en IA, fruit d’un partenariat avec l’Alberta Machine Intelligence Institute (Amii). La Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (CTF/FCE) salue la volonté du gouvernement fédéral d’investir dans l’éducation de la maternelle à la 12e année, mais elle s’inquiète néanmoins du fait qu’on demande au personnel enseignant d’intégrer l’utilisation de l’IA en classe avant que quiconque, y compris le gouvernement, puisse déterminer si ces outils sont sûrs et s’ils favorisent effectivement l’apprentissage. Le cours L’IA pour tous : Les bases pour les éducateurs encourage l’adoption d’une technologie qui n’est pas encadrée, qui n’a pas été testée et qui évolue si vite qu’aucune formation n’arrive à suivre le rythme.
Adopter avant d’encadrer
Le premier chapitre de ce cours fait peser sur le personnel enseignant la responsabilité de se former et « de déterminer si les outils d’IA ont leur place dans [leur] classe, quels outils sont appropriés, […] et où des limites claires sont nécessaires ». La description du cours laisse entendre qu’il aidera le personnel enseignant à prendre des décisions éclairées quant à l’utilisation de l’IA, sans toutefois préciser si ces produits sont sûrs et propices à l’apprentissage.
D’autres chapitres en cours d’élaboration poussent le personnel enseignant à se tourner toujours plus vers la technologie avec des sujets tels que « l’intégration pratique de l’IA aux méthodes de travail en classe », « la préparation des élèves à l’avenir » ou encore « la promotion d’une adoption éthique de l’IA fondée sur des normes mondiales ». Mais qui détermine ce qu’est une adoption éthique de l’IA dans les classes canadiennes? On ne peut raisonnablement demander à des enseignantes et enseignants d’évaluer la sécurité de systèmes d’IA complexes que les développeurs eux-mêmes peinent à comprendre. Le gouvernement doit veiller à ce que le cours adopte une approche critique et prudente de l’utilisation de l’IA dans les écoles de la maternelle à la 12e année, et établir clairement que c’est à l’industrie technologique de déployer des produits d’IA qui privilégient autant l’éthique que l’efficacité.
Le mythe de l’utilisation responsable
Une récente étude indique que l’utilisation de l’IA en classe risque de faire plus de mal que de bien. Ce mois-ci, l’OCDE a reconnu que la baisse du niveau en lecture chez les élèves de 15 ans était attribuable au recours accru à l’IA et à d’autres technologies numériques. D’autres études montrent que l’IA peut altérer la qualité de l’enseignement* et affaiblir la relation entre l’enseignant ou l’enseignante et ses élèves*. En Colombie-Britannique*, plus de 80 % des enseignantes et enseignants craignent que les élèves deviennent excessivement dépendants de l’IA ou perdent leur capacité à penser de manière critique. Néanmoins, Amii promet que son cours aidera le personnel enseignant à « entretenir un écosystème numérique florissant » en classe. Devant les risques* de plus en plus évidents que pose l’IA, comment Amii pourra-t-il vraiment aider les enseignantes et enseignants à intégrer ces systèmes en tenant compte de l’âge des élèves et des principes pédagogiques?
Le premier chapitre du cours laisse entendre que « l’IA peut faciliter ou accélérer certains types de travail et offrir aux élèves de nouvelles formes de soutien », mais concède que « parfois, la pratique, la prise de décisions, la résolution de problèmes et la réflexion soutenue qu’exige l’exécution d’une tâche constituent elles-mêmes des éléments importants de l’apprentissage ». Mais n’est-ce pas toujours le cas? Un programme qui considère comme optionnelles des composantes essentielles de l’apprentissage ne peut pas aider le personnel enseignant à faire un bon usage en classe de technologies comportant des risques. La CTF/FCE exhorte Amii et le gouvernement fédéral de laisser les enseignantes et enseignants du Canada examiner les cinq chapitres du cours Les bases pour les éducateurs qui sont en préparation afin de leur donner la possibilité de s’exprimer sur la manière d’intégrer la littératie en IA dans leur classe.
Mesurer l’impact avant l’ampleur
Amii espère que son cours de littératie en IA sera suivi par quelque 50 000 enseignantes et enseignants d’ici 2031, mais n’indique pas comment il compte en mesurer l’impact. Qui sont les enseignants et enseignantes visés et comment Amii compte-t-il les rejoindre? Quels commentaires et suggestions a-t-il reçus du personnel de l’éducation à propos du contenu et comment s’en servira-t-il pour améliorer son cours? Tandis que les enseignantes et enseignants d’un bout à l’autre du pays peinent à s’adapter à l’arrivée fulgurante de l’IA, nous avons besoin de savoir plus clairement comment des cours en ligne asynchrones de littératie en IA sauront répondre à leurs besoins. La CTF/FCE demande des évaluations transparentes du programme national de littératie en IA. Des rapports publics fiables sur les impacts aideront le gouvernement à gagner la confiance du personnel de l’éducation, des élèves et des familles partout au pays.
La CTF/FCE est prête à collaborer avec le gouvernement fédéral, Amii et le grand public pour concevoir des programmes d’IA démocratiques, sûrs et respectueux des droits de la personne.
*Article ou page en anglais seulement
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La CTF/FCE
Fondée en 1920, la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (CTF/FCE) est une alliance nationale d’organisations provinciales et territoriales de l’enseignement qui représentent plus de 370 000 membres du corps enseignant et autres travailleurs et travailleuses du secteur de l’éducation au Canada. Elle est également affiliée à l’Internationale de l’Éducation, qui compte plus de 33 millions de membres parmi le personnel de l’éducation de par le monde.
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